Dans un environnement où la cybersécurité s’affirme plus que jamais comme un enjeu stratégique, France et Union européenne ne peuvent plus dissocier leur résilience digitale de leur indépendance technologique. Alors que la massification des attaques et la pression géopolitique redéfinissent les contours du risque cyber, l’autonomie stratégique devient l’un des piliers centraux des politiques publiques et des stratégies d'entreprises. Un immense défi que la France et l’Union européenne tentent de relever dans un contexte où la maîtrise du numérique s’impose comme un enjeu de puissance.

Comprendre les enjeux de l’autonomie stratégique : quelles sont les menaces ?

L’autonomie stratégique ne se résume pas à un concept abstrait : elle incarne la capacité d’un État à maîtriser pleinement ses infrastructures numériques, ses données, et plus largement son destin numérique. Aujourd’hui, l’équilibre est fragile : la sécurité des systèmes d’information, à tous les niveaux, se trouve exposée à des dépendances technologiques et à des arbitrages géopolitiques réguliers.

Cette souveraineté est menacée par plusieurs facteurs :

  • La concentration des infrastructures critiques et des services cloud entre acteurs non européens
  • La multiplicité des risques liés à la supply chain
  • La pression permanente causée par la massification et la professionnalisation des cyberattaques

 

Ces menaces mettent régulièrement en lumière l’ampleur des dépendances technologiques des entreprises européennes. Pour les organisations, ces enjeux prennent une dimension concrète : il s’agit de cartographier les fonctions critiques, de mesurer leur dépendance vis-à-vis de prestataires et de fournisseurs non souverains, et enfin de déployer des stratégies de résilience adaptées. L’objectif est de protéger les actifs essentiels et de pouvoir continuer à opérer, même dans des scénarios d’attaques majeures ou de ruptures imposées.

 

Quelles clés pour comprendre les liens entre technologie et géopolitique aujourd’hui ?

Depuis quelques années, le contexte géopolitique est particulièrement complexe et dynamique. La domination technologique de puissances étrangères, la multiplication de cyberattaques sophistiquées, et les tensions internationales redéfinissent profondément le cadre dans lequel évoluent les entreprises européennes. La chaîne d’approvisionnement numérique, par essence globale et interdépendante, est devenue un vecteur majeur de menaces, source de deux tiers des cyberattaques. La dépendance vis-à-vis de fournisseurs et prestataires étrangers expose alors les États et les organisations à des risques multiples : piratage, espionnage, influence politique étrangère, voire perturbations majeures en cas de conflit ou de crise internationale. De ce fait, ne pas préserver sa souveraineté numérique revient à perdre une partie de son autonomie économique et politique, risquant de causer de lourdes conséquences sur la résilience nationale.

Ce défi dépasse largement la seule protection des données personnelles. Il inclut le développement d’infrastructures souveraines, la maîtrise des technologies et solutions clés, la création et la mise en œuvre de standards juridiques et fonctionnels, ainsi que la promotion de l’innovation locale. Cette approche garantit non seulement la sécurité et la confidentialité, mais aussi la capacité de décider librement des orientations numériques, sans subir de contraintes externes.

C’est dans ce contexte que l’autonomie stratégique devient un véritable levier de puissance, permettant aux nations de défendre leurs intérêts et de soutenir leur compétitivité à l’échelle globale.

 

Comment la France et l’Union Européenne passent-elles à l’action ?

Face à la montée de ces enjeux, la France et l’Union européenne ont déployé une série d’actions et d’initiatives stratégiques visant à renforcer l’autonomie technologique et la résilience cybernétique du territoire. Les actions sont aujourd’hui construites autour de bases réglementaires solides et des projets portés par la France et l’Union européenne. Ces outils et initiatives viennent appuyer une stratégie ambitieuse visant à réduire les dépendances technologiques tout en renforçant la résilience collective.

Parmi les cadres réglementaires phares figure la directive NIS 2. Adoptée en 2024, NIS 2 souligne l’obligation pour les opérateurs d’infrastructures essentielles et les fournisseurs de services numériques d’adopter des mesures de cybersécurité renforcées, d’améliorer la gestion des risques et de notifier les incidents de sécurité. Elle introduit une gouvernance plus rigoureuse et une coopération renforcée entre États membres. D’autres directives ciblent des aspects plus spécifiques, comme DORA, réglementation majeure du secteur financier, visant exclusivement la résilience opérationnelle. Elle impose une surveillance accrue des risques liés aux prestataires tiers, dont les services cloud, et la mise en place de plans de continuité robustes.

Sur le plan des projets technologiques, Horizon Europe constitue un levier majeur. La feuille de route destinée à 2030 mobilise plus de 10 milliards d’euros pour soutenir l’innovation dans la cybersécurité, le cloud souverain, les technologies quantiques et l’intelligence artificielle. Parmi les initiatives majeures, le projet Iris² vise à développer une constellation satellitaire européenne de télécommunications sécurisées. La mise en place de ce projet assurerait une indépendance dans la transmission de données sensibles. Par ailleurs, le développement de solutions de cloud européennes telles que Gaia-X vise à créer un écosystème de services interopérables, respectant les exigences de souveraineté et de protection des données, permettant de réduire la dépendance à des solutions étrangères.

La création de référentiels et de labels est aussi mise en place, facilitant la reconnaissance des produits et services de cybersécurité européens. Le certificat européen EUCC (European Cybersecurity Certification Framework) apporte une garantie de conformité sévère, favorisant la confiance dans les offres locales et promouvant un marché interne plus unifié.

Les organisations et États européens s’appuient encore majoritairement sur des prestataires et services numériques étrangers, notamment dans le domaine du cloud. Cette réalité met en lumière l’ampleur des dépendances technologiques qui caractérisent l’écosystème européen actuel. Les cadres réglementaires ont posé des bases solides, tandis que des initiatives et des projets tels visent à renforcer l’autonomie et l’innovation dans le secteur. La France et l’Union européenne poursuivent ainsi leur chemin vers une autonomie stratégique accrue, en réconciliant ambition normative, développement industriel et résilience stratégique.

 

 

Fruit d’une collaboration entre l’équipe des Assises et EPITA, cet article propose un regard accessible sur les enjeux de l’autonomie stratégique numérique en France et en Europe.

EPITA - école d’ingénieurs française spécialisée en informatique et en technologies du numérique.

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